Le CRCF, un cadre commun pour le carbone agricole
Pendant des années, financer la transition vers une agriculture régénératrice a relevé du casse-tête. D’un côté, les standards volontaires du marché du carbone (Verra, Gold Standard). De l’autre, des standards émergents (LSRS, SBTi FLAG) pour l’insetting et le Scope 3. Et à part, les programmes publics comme les éco-régimes de la PAC, ou le Sustainable Farming Incentive au Royaume-Uni. Pour une filière, cela voulait dire des règles différentes selon l’usage visé et des projets impossibles à comparer. Pour l’agriculteur, cela signifiait devoir choisir un guichet de financement à la fois, sans pouvoir les cumuler.
Le CRCF, pour Carbon Removal and Carbon Farming Framework, est le règlement (UE) 2024/3012, entré en vigueur en décembre 2024. C’est le premier standard de qualité européen, soutenu par les pouvoirs publics, pour certifier les absorptions et les réductions d’émissions de carbone des sols. Le cadre est volontaire, mais il est activement intégré à la politique climatique de l’Union. La communication de la Commission A Vision for Agriculture and Food (février 2025) le positionne comme l’outil destiné à harmoniser le carbon farming à l’échelle de l’Union.
Quatre critères pour certifier les projets
Pour être certifiée, une activité doit satisfaire quatre critères. Une quantification robuste d’abord: des modèles fondés sur les processus combinés à de l’échantillonnage de sol, ou une approche de mesure et remesure, avec dans tous les cas une incertitude quantifiée. L’additionnalité ensuite : un surplus réglementaire, un effet incitatif et une viabilité financière. Le stockage à long terme, avec un monitoring continu et un mécanisme de responsabilité en cas de déstockage, généralement un buffer ou une assurance. Enfin, la durabilité : toute activité doit générer des co-bénéfices pour la biodiversité et la santé des sols.
Un déploiement prévu à partir de 2026
L’adoption des méthodologies est prévue à l’automne 2026. Les premières unités CRCF, issues de la récolte 2027, devraient parvenir aux acheteurs au premier semestre 2028. Autrement dit, les démarches engagées dès maintenant sont celles qui généreront les toutes premières unités certifiées.
De nouvelles opportunités de financement pour les filières
Un cadre accessible aux coopératives et collectifs agricoles
Le grand apport du CRCF est l’unification des financements. Un seul jeu de pratiques, vérifié une fois, devient éligible aux financements privés comme publics. Pour une coopérative ou un collecteur, cela ouvre la voie à des modèles où primes de filière, financements privés et soutiens publics se combinent au lieu de s’exclure.
Le règlement reconnaît aussi les groupements (coopératives, organisations de producteurs) comme acteurs éligibles, avec des audits de groupe qui mutualisent les coûts et ouvrent la certification à des collectifs entiers plutôt qu’à quelques fermes isolées.
Un référentiel commun pour les entreprises agroalimentaires
Pour les entreprises de l’agroalimentaire, le CRCF apporte un référentiel commun, mobilisable pour le reporting Scope 3 et CSRD. Elles peuvent s’engager par l’insetting, pour réduire leur Scope 3 au sein de leur bassin d’approvisionnement, ou par la contribution au-delà de celui-ci. Et elles n’ont plus à être les seules à payer la transition.
Chez Soil Capital, nous faisons partie du groupe d’experts du CRCF au nom de la Climate Agriculture Alliance. Critères détaillés, dates clés et FAQ sont à retrouver dans notre article complet.







