Commençons par un petit jeu. Deux parcelles de tournesol, situées à quelques kilomètres l’une de l’autre sur la même exploitation. Même jour de semis, même variété, même densité. Pourtant, en plein été, l’une est encore bien verte quand l’autre commence à dépérir. Irrigation ? Pas du tout.
La réponse tient en deux points. La parcelle qui souffre a reçu un travail du sol plus profond, avec un passage de plus, et contient moins de 3 % de matière organique. Sa voisine en affiche près de 4,5 %. Plus de matière organique, c’est plus de nutriments, une meilleure infiltration, davantage de biodiversité et surtout un sol qui retient l’eau. Le sol est le même, la texture aussi : seule la façon de le travailler a changé.
C’est par cette énigme que s’est ouvert le webinaire « From Field to Proof », animé par Sébastien Roumégous, agronome et fondateur de Biospheres, et François Thierart, cofondateur de MyEasyFarm. Le replay est désormais disponible, avec des sous-titres en français, en italien et en portugais.
Pourquoi mesurer ?
L’agriculture pèse environ 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, alors qu’elle est la seule activité capable de stocker du carbone dans les sols. Près de 70 % des sols européens ne seraient pas en pleine santé. Et pour une entreprise agroalimentaire, 70 à 80 % des émissions de son « scope 3 » se jouent dans les champs. Autant dire que les agriculteurs sont au cœur du sujet.
Mais attention, rappelle Sébastien Roumégous : l’agriculture régénératrice n’est pas une fin en soi, c’est un outil pour résoudre des problèmes. Et pour savoir si on les a résolus, il faut mesurer.
La balance et le miroir
Son analogie préférée ? La salle de sport. On peut perdre du poids sans balance : il suffit de bouger plus et de manger mieux, et le miroir fera office d’indicateur. Sur une ferme, c’est pareil : formation, visites terrain et accompagnement produisent des résultats, mesurés ou non. Toute la question est de savoir quoi mesurer pour être juste, à la fois pour l’agriculteur et pour ceux qui financent la transition. D’où l’intérêt de bien combiner des indicateurs de pratiques, simples à collecter, et quelques indicateurs de résultats, plus coûteux mais indispensables.
Un cas concret en Pologne
Le webinaire présente aussi Lower Silesia 360°, un projet « paysage » où quatre entreprises agroalimentaires accompagnent ensemble 170 agriculteurs d’ici 2028 sur quatre cultures de la rotation. L’agriculteur ne saisit ses données qu’une fois, puis elles sont réparties de façon cloisonnée entre des acteurs pourtant concurrents.
Trois idées à retenir
- Mesurer seul ne fait pas progresser : il faut agir en parallèle.
- Il n’existe pas de grille d’indicateurs universelle : elle doit s’adapter au territoire, en restant fondée sur la science.
- La qualité de la collecte de terrain conditionne tout le reste.
Le terme « agriculture régénératrice » est peut-être une mode, conclut Sébastien Roumégous. Mais respecter les écosystèmes qui nous nourrissent n’en est pas une.
Regarder le replay :https://www.myeasyfarm.com/webinaire-myeasyfarm-biospheres-agriculture-regeneratrice/







