Le retrait accéléré des substances actives de synthèse plonge de nombreuses filières agricoles dans une impasse technique. Pour les cultures spécialisées particulièrement exposées aux lépidoptères ravageurs, l’urgence n’est plus de débattre mais de déployer des alternatives efficaces à l’échelle commerciale.
C’est précisément l’enjeu du programme, lancé par la Métropole Nice Côte d’Azur en partenariat avec Innofenso. Sur les 24 prochains mois, Innofenso va développer et valider des cocktails d’insectes auxiliaires indigènes pour trois cultures emblématiques de la région SUD : l’olivier, la lavande et la tomate.
Une approche qui change la donne
Contrairement aux solutions de biocontrôle standardisées, Innofenso s’appuie sur dix années de recherches INRAE pour exploiter la diversité génétique des trichogrammes. Ces micro-hyménoptères, dont on estime qu’il existe environ 200 espèces dans le monde, présentent des spécificités qui permettent de les assembler en cocktails parfaitement adaptés à chaque contexte : culture, ravageurs cibles, conditions pédoclimatiques locales.
L’avantage stratégique ? Ces souches étant indigènes de France métropolitaine, elles ne nécessitent pas les autorisations de mise sur le marché qui peuvent prendre cinq à sept ans en Europe. Un gain de temps décisif qui a su convaincre la Métropole Nice Côte d’Azur pour des filières confrontées à des retraits de molécules immédiats.
Des résultats terrain qui parlent
Les premiers essais le confirment : sur plus d’une dizaine d’hectares protégés dans trois régions françaises, les solutions Innofenso ont démontré leur efficacité sur six filières agricoles différentes. Sous réserve de confirmation des partenaires, un déploiement sur une centaine d’hectares peut être envisagé dès 2026.
Cette dynamique illustre la philosophie d’Innofenso : « Nous voulons aller vite », comme l’indique Nicolas Ris, cofondateur et ingénieur de recherche INRAE. La société possède déjà la capacité de produire suffisamment d’auxiliaires pour protéger 5 000 hectares de cultures.
Un modèle territorial duplicable
Le rapprochement entre la Métropole Nice Côte d’Azur et Innofenso constitue un cas d’école de collaboration entre collectivité territoriale et innovation privée. Il démontre qu’il est possible de construire une souveraineté agricole locale en misant sur l’innovation tout en s’appuyant sur des ressources biologiques indigènes plutôt que sur des importations de souches exotiques ou de molécules de synthèse.
Pour les autres métropoles et régions agricoles confrontées aux mêmes enjeux, ce partenariat ouvre une voie pragmatique : financer le développement de solutions de biocontrôle territoriales, parfaitement calibrées pour les spécificités locales, et déployables rapidement à échelle commerciale.
La transition s’accélère. Les outils existent.






